Le temps intérieur ou le présent. Deux références

 

Augustin et Bergson

Les attitudes "passéistes" ou nostalgiques correspondent, généralement, à une sorte de négation du temps, une terreur face au temps et aussi face à la mort. En effet, avec le temps, peuvent survenir des évènements qui perturbent l’ordre prévisible des choses, la soi-disant destinée par exemple. Il en va du temps comme de la mort, la plupart des philosophes antiques – pas seulement Platon - tentent de la nier en prétendant qu’elle n’est rien… au moins dans l’instant. En effet, prétendent-ils, si le temps est la décomposition de toute chose en un passé, un présent et un avenir, on peut dire que ceux-ci ne “sont” pas vraiment puisque littéralement le passé n’est plus, le futur n’est pas encore, et le présent est insaisissable entre les deux ! Mais ce raisonnement apparemment logique est surtout purement formel, comme si nous nous n’avions pas, intérieurement, une sensation très concrète du temps, que cela soit par le biais de la mémoire (tournée vers le passé) parfois tourmentée, ou bien l’attente parfois fiévreuse de l’avenir, ou bien l’ennui qui parfois nous rend insupportable le présent. Le temps est bien une réalité intérieure qu’il nous faut décrire.

Le temps qui passe, c'est le passé

 

(La "roue du temps")


a) Le temps comme changement et passage v.s. l’éternité de l’âme selon Platon

Pour Platon le temps revêt une connotation plutôt négative. D’un côté c’est l’existence de l’homme dans le temps, c’est-à-dire la souffrance, l’inquiétude, l’ignorance, etc. qui engage à philosopher (les dieux éternels ne philosophent pas), d’un autre côté le temps est refusé, nié, puisqu’il s’agit de se libérer du temps, à la recherche d’une forme d’éternité que le philosophe trouve dans les « Idées ». D’ailleurs pour lui le temps n’existe pas vraiment. Le temps n’”est” pas car « en vérité, l’expression “est” ne s’applique qu’à la substance éternelle » écrit Platon. La substance, c’est la nature propre d’une chose, son être essentiel et permanent. Le contraire de la substance, l’inessentiel provisoire, c’est l’accident : le temps règne sur le monde de l’accidentel. Formellement, cette opposition substance/accident appartient plutôt au langage aristotélicien ; cela n'empêche pas que pour Platon le temps n’est pas vraiment car il est essentiellement changement, ou encore devenir. Le temps qui passe contredit ce qui demeure, ce qui est éternel.

Seulement, tout en contredisant l’éternité, le temps est conçu par Platon comme une « certaine imitation » de l’éternité. C’est-à-dire que le temps ne se déroule pas de manière linéaire, mais au contraire de façon cyclique : c’est l’image de « la roue du temps » qui tourne, symbole commun aux philosophies orientales. De sorte que le temps fait une boucle, revient sans cesse, effectivement comme une sorte d’éternité. Sauf que la vraie éternité doit être conçue comme immobile, alors que, avec le temps « l’auteur du monde s’est préoccupé de fabriquer une certaine imitation mobile de l’éternité » (Platon).

Le temps, « forme du sens interne » (selon Kant) et condition de notre identité

 


Le temps est nombre ou mesure du mouvement, disait déjà Aristote ; il est donc un produit, voire une condition, de l’esprit humain : c’est ce qu’a explicité Emmanuel Kant. 

Kant fait du temps mais aussi de l’espace des capacités spécifiques de l’esprit (on dirait aujourd’hui du « cerveau »), de la subjectivité, et de la perception. « Le temps n’est pas quelque chose qui existe en soi, ou qui soit inhérent aux choses comme une détermination objective, et qui, par conséquent, subsiste, si l’on fait abstraction de toutes les conditions subjectives de leur intuition [perception] » (Critique de la raison pure).

D’abord l’espace est ce qui nous permet de penser et de percevoir la juxtaposition des choses : deux choses différentes peuvent nous apparaître en même temps, sans occuper la même place. Ceci est le phénomène de l’espace.

Ensuite le temps est ce qui nous permet de penser et de percevoir la succession des choses : deux choses peuvent occuper exactement la même place, mais pas au même moment. Ceci est le phénomène du temps.

Dans la mesure où toutes nos représentations sont synthétisées dans l’esprit (à partir de l’intuition sensible), y compris nos perceptions spatiales, c’est bien l’esprit qui « gère » toutes ces représentations, et il faut voir dans cette faculté de nous re-présenter quelque chose la marque spécifique du temps (on le perçoit bien dans le “re-” qui marque une scansion, un écart). C’est ce qui permet à Kant d’avancer « le temps est une condition a priori de tous les phénomènes en général » (id.), donc la condition pour que quelque chose nous apparaisse. Ce que veut dire Kant c’est que, 1) sans l’esprit, nulle juxtaposition (espace), nulle succession (temps) ne seraient perceptibles, donc sans l’esprit nous n’aurions aucune représentation de ce genre, mais 2) n’oublions pas qu’une re-représentation dans l’esprit, en général, appartient au domaine du temps. C’est une « forme », une sorte de configuration innée de notre esprit, qui bien sûr implique aussi la mémoire (cf. billet à part).

Mais cela va au-delà d’une capacité de percevoir le monde. Le temps nous permet aussi de nous représenter nous-même, notre « moi », notre vie intérieure. « Le temps n’est autre chose que la forme du sens interne, c’est-à-dire de l’intuition de nous-même et de notre état intérieur » (id.) dit Kant. Le temps est une dimension essentielle de notre conscience. Or, à ce titre, le temps ne nous permet pas seulement de percevoir les choses dans leur succession. La conscience est bien une série d’états successifs, mais “conscience” signifie précisément qu’on les perçoit aussi dans leur simultanéité, tous en même temps, dans une sorte de présent. La conscience reste une unité, et c’est précisément le temps qui représente cette possibilité de synthèse des éléments successifs et divers. Grâce à lui, la conscience peut se représenter, littéralement rendre présent tout ce qui la constitue.

Cette perception en simultanéité que nous avons de nous-mêmes et de nos pensées, c’est la conscience. Ce que nous pouvons en rassembler, avec plus ou moins de netteté et de facilité, c’est notre moi, notre personnalité. Mais le fait même que nous percevions à chaque fois le même individu, la même personne, avec ce même sentiment d’unicité, c’est ce que nous appelons l’ipséité et plus simplement l’identité. Cette identité – cette durée d’un même être - est donc bien rendue possible par le temps. Le temps est donc bien la condition de notre identité.

dm


« Dimensions » du temps ?

 


On appelle volontiers « dimensions » du temps le passé, le présent et l’avenir. Mais ce mot de « dimension » trahit déjà la singularité de notre rapport au temps. On peut bien parler des dimensions d’une boîte — sa hauteur, sa largeur, sa profondeur —, mais on ne peut pas dire de la même manière « les dimensions du temps ». Car le temps, lui, n’a pas de passé, de présent ni d’avenir. Ces notions appartiennent toujours à un sujet : c’est le passé d’une vie, le présent d’une conscience, l’avenir d’une attente. La rivière, en elle-même, ne connaît pas ces mots : seule une conscience, qui regarde l’eau passer, en éprouve le sens.

La relativité du Temps

 


Position du problème

Il faut renoncer à l’idée illusoire d’un temps absolu, indépendant du monde et de ses transformations : un cadre neutre où les êtres et les choses circuleraient à leur guise. Cette conception, héritée de Newton, a été dépassée par la physique contemporaine. Le temps, pas plus que l’espace, ne se donne « en soi », comme une substance séparée : il apparaît toujours en relation avec des phénomènes, des processus, des expériences.

La science nous apprend que le temps possède une certaine objectivité : il est inscrit dans la structure de l’espace-temps, il influe sur le devenir des particules comme sur celui des galaxies. Mais cette objectivité n’est pas celle d’un absolu uniforme : il n’y a pas un seul temps universel, identique pour tous, mais une pluralité de temps propres, qui varient selon la vitesse, la gravité, la courbure de l’espace-temps.

En même temps, le temps est aussi une invention humaine. C’est l’homme qui a créé les secondes, les calendriers, les horloges, pour donner forme à l’écoulement du monde. Sans nous, il n’y aurait ni repères, ni datations, ni chronomètres : seulement un cosmos en transformation. Ainsi, le temps n’est ni une substance indépendante, ni une pure illusion : il se tient à la jonction du monde et de l’esprit qui le pense.

Un individu reste-t-il le même avec le temps ?

 


De l’individualité à l’identité

Individu vient du latin « individuum », qui ne peut pas être divisé, donc en premier lieu cela désigne l’unité indivisible d’un être. Unité organique si l’on se place au plan biologique (c’est le corps qui assure cette fonction), unité psychique si l’on se place au plan psychologique (c’est la pensée qui assure cette fonction). 

Par ailleurs le concept d’individualité implique l’idée d’unicité : par définition chaque individu est unique, quand bien même deux individus seraient très ressemblants (comme des jumeaux), ils ne seraient pas pour autant identiques. De cette idée l’on tire donc le concept d’identité (que désigne l’expression : « le même »), qui a deux faces. La première identité est sociale, extérieure, dans le rapport en quelque sorte spatial aux autres. Elle fait l’objet d’une reconnaissance sociale, familiale, juridique : c’est ce qui est écrit sur notre carte d’identité (nom, âge, sexe…). La seconde face de l’identité est intérieure : on parlera d’ipséité (de « ipse » : « soi ») pour désigner le fait d’être tout simplement soi-même, au sens psychologique (et corporel), dans le pur rapport temporel à soi-même (je suis le même, tout le temps).

Lexique d’Aristote (Métaphysique)

 


Référence : Aristote, La Métaphysique (Vrin, 1986, trad. J. Tricot) - [ ] : commentaires

  

ACCIDENT

D.30. - Accident se dit de ce qui appartient à un être et peut en être affirmé avec vérité, mais n’est pourtant ni nécessaire ni constant : par exemple, si, en creusant une fosse pour planter un arbre, on trouve un trésor. - tout attribut qui appartient à un sujet, mais non parce que le sujet était précisément ce sujet, ou le temps, ce temps, ou le lieu, ce lieu, cet attribut sera un accident. 

E.2. - L’ETRE par accident n’est jamais objet de spéculation. [en effet les accidents sont en nombre infini, sans loi, hors du “toujours” et du “plus souvent”] - il n’y a pas de science de l’accident, car l’accident n’a, en quelque sorte, qu’une existence nominale. Platon, en un sens, n’avait donc pas tort de ranger l’objet de la Sophistique dans le Non-Etre. Les arguments des Sophistes, en effet, ont rapport, pour ainsi dire, principalement, à l’accident. - pour tous les êtres qui existent d’une autre façon, il y a génération et corruption, tandis que pour les êtres par accident, cela n’a pas lieu. [les accidents naissent et meurent instantanément. Il en est de même pour leurs causes. [Tricot : Un effet accidentel est dû à une rencontre fortuite de causes indépendantes entre elles et qui, à considérer leur nature, n’étaient pas ordonnées à concourir de cette façon. - Aristote ne fait pas mention de la CAUSE formelle, et c’est avec raison, puisque l’accident est justement ce qui ne découle pas de l’essence. L’accident ne peut se rapporter qu’à la cause efficiente, car l’évènement doit prendre place dans le temps. [“si” ceci ou cela se produit : prop. conditionnelle] 

Le philosophe est-il-l ‘homme d'aujourd'hui ou l'homme de demain ?

Un célèbre tableau de Rembrandt intitulé "Philosophe en médiation" nous renvoie l'image traditionnelle d'un philosophe-penseur hors du temps ; image qui contraste avec nos philosophes "multimédias" d'aujourd'hui qui, sous le feu des projecteurs, s'empressent de commenter l'actualité; Traditionnellement le philosophe est l'amoureux de la sagesse, cette sagesse qui consiste à maîtriser les grands principes et connaître les grandes vérités, ainsi que le rappelait Descartes. On sait également que les philosophes s'intéressent à tout ce qui concerne l'Homme en tant que tel (Kant), et c'est ainsi que l'Histoire ou même l'Actualité échappent rarement à leurs regards. "Aujourd'hui" peut désigner l'actualité du monde contemporain, ses troubles sociaux et politiques, ses avancées scientifiques et technologiques ; tandis que "demain" fait signe vers le futur ou l'avenir, c'est-à-dire justement ce que prépare le présent. Mais "futur" peut également faire résonner l'espoir d'un monde meilleur, comme une utopie. En d'autres termes, il faut se demander si le philosophe appartient pleinement à son époque, participant à la vie sociale, œuvrant pour le bien commun, ou bien si au contraire il ne peut que se tenir en avant-poste, annonçant le monde de demain ou bien l'homme de demain. Un "Surhomme" comme aurait dit Nietzsche ? Il paraît bien difficile de concilier la posture "élevée" ou distante que l'on attribue généralement au philosophe, et la nécessité proprement historique où celui-ci se trouve de penser son époque, faute de quoi il pourrait bien faillir à son devoir critique. Peut-on transcender l'Histoire lorsqu'on est soi-même un produit de l’Histoire ? 

L'automne en questions

 


Le plus "philosophe" n'est pas celui qu'on croit... Sorte d'ironie socratique à l'envers, quand on se moque des questions plutôt que des réponses... N'est pas philosophe celui dont la condition est d'avoir un maître (hélas).

Russell : la valeur de la philosophie

 


« La valeur de la philosophie doit en réalité surtout résider dans son caractère incertain même. Celui qui n’a aucune teinture de philosophie traverse l’existence, prisonnier de préjugés dérivés du sens commun, des croyances habituelles à son temps ou à son pays et de convictions qui ont grandi en lui sans la coopération ni le consentement de la raison. Pour un tel individu, le monde tend à devenir défini, fini, évident ; les objets ordinaires ne font pas naître de questions et les possibilités peu familières sont rejetées avec mépris. Dès que nous commençons à penser conformément à la philosophie, au contraire, nous voyons, comme il a été dit dans nos premiers chapitres, que même les choses les plus ordinaires de la vie quotidienne posent des problèmes auxquels on ne trouve que des réponses très incomplètes. La philosophie, bien qu’elle ne soit pas en mesure de nous donner avec certitude la réponse aux doutes qui nous assiègent, peut tout de même suggérer des possibilités qui élargissent le champ de notre pensée et délivre celle-ci de la tyrannie de l’habitude. Tout en ébranlant notre certitude concernant la nature de ce qui nous entoure, elle accroît énormément notre connaissance d’une réalité possible et différente ; elle fait disparaître le dogmatisme quelque peu arrogant de ceux qui n’ont jamais parcouru la région du doute libérateur, et elle garde intact notre sentiment d’émerveillement en nous faisant voir les choses familières sous un aspect nouveau. » (Bertrand Russell, Problèmes de philosophie)

L’objet de la connaissance philosophique

 


Le désir de savoir et la connaissance désintéressée (Aristote)

« Ce fut l’étonnement qui poussa, comme aujourd’hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. Au début, ce furent les difficultés les plus apparentes qui les frappèrent, puis, s’avançant ainsi peu à peu, ils cherchèrent à résoudre des problèmes plus importants, tels les phénomènes de la Lune, ceux du Soleil et des Étoiles, enfin la genèse de l’univers. (...) Ainsi donc, si ce fut pour échapper à l’ignorance que les premiers philosophes se livrèrent à la philosophie, il est clair qu’ils poursuivaient la science en vue de connaître et non pour une fin utilitaire. Ce qui s’est passé en réalité en fournit la preuve : presque tous les arts qui s’appliquent aux nécessités, et ceux qui s’intéressent au bien-être et à l’agrément de la vie, étaient déjà connus, quand on commença à rechercher une discipline de ce genre. Il est donc évident que nous n’avons en vue, dans la Philosophie, aucun intérêt étranger. Mais, de même que nous appelons homme libre celui qui est à lui-même sa fin et n’existe pas pour un autre, ainsi cette science est aussi la seule de toutes les sciences qui soit libre, car seule elle est à elle-même sa propre fin.»

L'exercice du doute est-il le monopole du philosophe ?

 


"Philosophe" est celui qui exerce une réflexion essentiellement libre, quoique informée et rigoureuse. Il faudra se demander si cette définition s'applique indifféremment au « peuple » et au « professionnel » de la philosophie. D'où la question du "monopole", de l'exclusivité d'une pratique, qui pose le problème du « pouvoir » de la philosophie : peut-elle revendiquer un monopole, si elle est libre ? Un monopole devrait apporter l'assurance d'une domination, d'une sagesse sans partage, or il est certain que le philosophe "doute". On peut à tout le moins distinguer deux sortes de doute : 1) le doute naturel et spontané : hésitation due à l'incertitude d'une assertion ou à la non-prépondérance de raisons d'agir ; 2) le doute philosophique: il repose sur la résolution de douter. Il présente lui-même deux figures, le doute sceptique et le doute méthodique. Le premier, qui peut aller jusqu'au trouble informulé, semble plutôt passif, tandis que le second, prenant l'aspect formel de l'interrogation, semble en effet le nerf de la philosophie. Enfin notons que le terme « exercice », dans la question, apporte un présupposé : le doute est précisément une activité, positive et volontaire. Si l'on ressaisit l'intégralité de la question « L'exercice du doute est-il le monopole du philosophe ? », on s'aperçoit que la question porte avant tout sur le sens de la philosophie elle-même. L'énoncé présuppose que l'exercice du doute caractérise déjà la philosophie. Néanmoins il faudra bien préciser ce qu'on entend par « philosophie », quels sont les pouvoirs et les limites de cette discipline (de cet état d'esprit ?). S'il est avéré que tout philosophe pratique couramment le doute, tout homme entrain de douter serait-il un philosophe en puissance ? Ou bien le doute philosophique (le «vrai» doute) est-il décidément spécifique, comme réservé ? Mais alors, de quelle espèce de doute parle-on exactement ? Pourquoi douter ? L'enjeu est-il la connaissance ou l'existence elle-même ? Le doute n'est-il pas finalement une chose trop sérieuse pour le laisser aux seuls philosophes ?

Philosophie : les compétences à acquérir

 


Problématiser, conceptualiser, argumenter, mobiliser ses connaissances 

Notons d'emblée que le terme de "compétence" implique celui d'apprentissage. Philosopher n'est donc pas une faculté spontanée, ou que l'on pourrait acquérir seul.
La réflexion philosophique quelle que soit sa forme (leçon, explication, dissertation…) fait apparaître quatre opérations intellectuelles menées parallèlement, et ce sont ces compétences-là qui sont à acquérir par l'élève. 

Disserter, expliquer

Ce sont les exercices ou "devoirs-types" en philosophie, ceux qui comptent pour l'examen.

"Les formes de discours écrit les plus appropriées pour évaluer le travail des élèves en philosophie sont la dissertation et l’explication de texte. (…) La dissertation est l’étude méthodique et progressive des diverses dimensions d’une question donnée. (…) L’explication s’attache à dégager les enjeux philosophiques et la démarche caractéristique d’un texte de longueur restreinte." (Arrêté du 27 mai 2003, JO du 6 juin)

Disserter, c’est traiter une question précise en : 1) repérant le problème philosophique qu’elle contient (de quoi discute-t-on, pourquoi ne sommes-nous pas tous d’accord ?), 2) être capable d’exposer plusieurs points de vue (ou plusieurs aspects) différents, 3) diriger le lecteur vers une solution (une “thèse”) que l’on défend et que l’on tient pour vraie.

Expliquer un texte, c’est également : 1) repérer le problème qu’il soulève et la thèse qu’il propose, 2) montrer comment l’auteur organise ses arguments (structure du texte), 3) être capable de développer ces arguments (davantage que ne le fait l’auteur dans l’extrait proposé), 4) mettre en perspective et discuter cette thèse et ces arguments.

L’épreuve du baccalauréat en série générale propose au choix 3 sujets : 2 dissertations et 1 texte. En série technologique, au choix, 2 dissertations et 1 texte, assorti de questions (pour guider l'explication).

dm


Hegel, à propos de Socrate

 


« Avec Socrate, au début de la guerre du Péloponnèse, le principe de l'intériorité, l'indépendance absolue de la pensée en soi, est parvenu à s'exprimer librement. n enseignait que l'homme devait trouver et reconnaître en lui-même ce qui est juste et bien et que par sa nature ce juste et ce bien est universel. Socrate est célèbre comme maître de morale ; mais bien plus, il a inventé la morale. Les Grecs ont eu de la moralité, mais les vertus, les devoirs moraux, voilà ce que voulait leur enseigner Socrate. L'homme moral n'est pas celui qui veut et qui fait le bien, ce n'est pas seulement l'homme innocent, mais celui qui a conscience de son action. En appelant Sagesse la conviction qui détermine l'homme à agir, Socrate a attribué au sujet, à l'encontre de la patrie et de la coutume, la décision finale, se faisant ainsi oracle, au sens grec. Il disait qu'il avait en lui un "daimon" qui lui conseillait ce qu'il devait faire et qui lui révélait ce qui était utile à ses amis. Le monde intérieur de la subjectivité en paraissant a provoqué la rupture avec la réalité. Si Socrate lui-même, il est vrai, accomplissait encore ses devoirs de citoyen, la vraie patrie pour lui n'était pas cet État actuellement existant et la religion de celui-ci, mais le monde de la pensée. Alors fut soulevée la question de l'existence des dieux et de leur nature. »

Socrate et « l'amour de la sagesse »

 

a) Le commencement de la philosophie avec Socrate (470-399 av. J.-C.)

La philosophie n'a pas toujours existé ; elle est historique en ce sens d'abord qu'elle a eu un commencement. S’opposant aux mythes et aux simples préjugés culturels, la philosophie repose sur la décision de conférer à la seule pensée rationnelle la détermination du vrai : la raison universelle, présente - au moins potentiellement - en chaque homme. Or cette décision historique revient aux Grecs à partir des VIè et Vè siècle avant J.-C. Certes il y avait bien des spéculations abstraites en Chine ou en Inde à la même époque, mais elles n’étaient pas vraiment coupées de leur base culturelle mythologique ou religieuse.