Position du problème
Il faut renoncer à l’idée illusoire d’un temps absolu, indépendant du monde et de ses transformations : un cadre neutre où les êtres et les choses circuleraient à leur guise. Cette conception, héritée de Newton, a été dépassée par la physique contemporaine. Le temps, pas plus que l’espace, ne se donne « en soi », comme une substance séparée : il apparaît toujours en relation avec des phénomènes, des processus, des expériences.
La science nous apprend que le temps possède une certaine objectivité : il est inscrit dans la structure de l’espace-temps, il influe sur le devenir des particules comme sur celui des galaxies. Mais cette objectivité n’est pas celle d’un absolu uniforme : il n’y a pas un seul temps universel, identique pour tous, mais une pluralité de temps propres, qui varient selon la vitesse, la gravité, la courbure de l’espace-temps.
En même temps, le temps est aussi une invention humaine. C’est l’homme qui a créé les secondes, les calendriers, les horloges, pour donner forme à l’écoulement du monde. Sans nous, il n’y aurait ni repères, ni datations, ni chronomètres : seulement un cosmos en transformation. Ainsi, le temps n’est ni une substance indépendante, ni une pure illusion : il se tient à la jonction du monde et de l’esprit qui le pense.
