« Je pose en principe un fait peu contestable : que l'homme est l'animal qui n'accepte pas simplement le donné naturel, qui le nie. Il change ainsi le monde extérieur naturel, il en tire des outils et des objets fabriqués qui composent un monde nouveau, le monde humain. L'homme parallèlement se nie lui-même, il s'éduque, il refuse par exemple de donner à la satisfaction de ses besoins animaux ce cours libre, auquel l'animal n'apportait pas de réserve. Il est nécessaire encore d'accorder que les deux négations, que, d'une part, l'homme fait du monde donné et, d'autre part, de sa propre animalité, sont liées. Il ne nous appartient pas de donner une priorité à l'une ou à l'autre, de chercher si l'éducation (qui apparaît sous la forme des interdits religieux) est la conséquence du travail, ou le travail la conséquence d'une mutation morale. Mais en tant qu'il y a homme, il y a d'une part travail et de l'autre négation par interdits de l'animalité de l'homme. » (Georges Bataille, L’érotisme)
Une double négation. La négation du donné naturel extérieur s'effectue par la technique et par le travail, générateurs d'un « monde humain ». La négation de l'animalité de l'homme s'effectue par l'éducation. Ce processus est « parallèle » au premier. On remarque les termes « négatifs » : "nier", « refuser ». Le lien entre les deux négations est essentiel, il caractérise l'être humain. L'articulation se fait par "il est nécessaire encore" : l'auteur nous présente ceci comme une évidence logique. Le point commun entre ces deux négations égales, c'est l'homme ("tant qu'il y a homme"). Globalement, de la première à la dernière ligne, le texte se présente bien comme une définition de l'homme en tant qu'être de culture négateur de la nature.




