Connaître le Vivant : pourquoi faire ?

 


Parler du vivant oblige à rechercher les caractéristiques communes à tous les êtres vivants, de la plante à l'homme en passant par l'animal. Se pose dès lors la question de savoir ce qu'est un organisme vivant, ce qui le différencie d'un ensemble de processus purement physiques. On peut commencer par dire que, contrairement aux simples choses, les êtres vivants sont dotés d’un principe autonome de changement.

On parlait autrefois des différents règnes de la Nature – minéral, végétal, animal - cette distinction garde sa pertinence du point de vue de la nomenclature des sciences. On peut lui préférer la suivante en distinguant : 1) Le domaine de la matière qui nous renvoie à la physique, à la chimie, la géologie, à l’astronomie etc. 2) Le domaine du vivant nous renvoie à la biologie et ses sous-disciplines telles l’anatomie, la génétique, l’histologie etc. 3) Le domaine de l’humain, avec les sciences humaines, parmi lesquelles la psychologie, la sociologie, l’histoire, l’anthropologie etc., lequel pour une part renvoie aussi au vivant. Il est tentant de considérer le vivant comme un intermédiaire où se prépare ce qui se construit sur le plan de la conscience humaine.

Par ailleurs il convient de distinguer la notion très générale de la VIE et le concept (plus précis et construit scientifiquement) du VIVANT. La vie est une notion voisine de celle d’existence, elle possède un sens certes objectif (le vivant justement) mais aussi subjectif (l’existence humaine, et son ressenti). En plus d’être une réalité objective, la vie est une valeur, que l’homme s’attache à défendre, moralement et juridiquement. Il y a un droit à la vie, et bien entendu les êtres « vivants » (biologiquement) possèdent ce droit. Mais selon quels critères ? Tous les êtres vivants ont-ils le « droit » de vivre ? Qui en décide ?

Nous rappellerons dans un premier temps (I) les modèles ou les différentes théories qui, dans l’histoire de la pensée et des sciences, ont tenté de rendre compte du vivant : 1) le modèle vitaliste, qui fait appel à une "principe vital" irréductible aux seules forces physico-chimiques ; 2) le modèle mécaniste, qui réduit le vivant à ses conditions physico-chimiques de vie ; 3) le modèle organiciste qui reconnaît la spécificité des phénomènes vitaux et explique les organismes vivants par la capacité à s'organiser eux-mêmes.

Nous décrirons ensuite les caractéristiques du vivant (II) selon ce dernier modèle qui a largement triomphé. Nous verrons que l’ensemble de ces caractéristiques se ramènent à un grand principe que l’on peut appeler : l’auto-référence. 

Enfin la connaissance du vivant n’est pas aisée, elle est même paradoxale : objectiver le vivant, l’analyser, le décortiquer, revient souvent à …tuer le vivant ! La connaissance du vivant conduit à intervenir sur le vivant, voire à modifier ses processus fondamentaux, et donc à le manipuler. Se pose alors la question de savoir jusqu'où il est, non seulement possible, mais aussi souhaitable de le faire. Les nouvelles technologies amènent leur lot immense de questions dites « bioéthiques » (III)


I. Les modélisations du vivant (les principales théories)

 

1. Le modèle vitaliste

Il consiste à invoquer un "principe vital", appelé "âme", principe immatériel d'animation de la matière. 

La théorie d'Aristote en est représentative (Des parties des animaux) : "Ainsi, il faut, dans l'étude de la nature, insister davantage sur l'âme que sur la matière, dans la mesure précisément selon laquelle c'est par l'âme que la matière est nature, et non l'inverse (...)."

L’âme, selon Aristote, est un « principe » au sens où elle est première (princeps) par rapport à la matière, laquelle n’est qu’un support. L’âme est à la fois ce qui donne sa forme à un corps et ce qui lui donne son mouvement (ce qui l’anime). Un être vivant porte en lui le principe de son propre mouvement. C'est justement l'âme qui lui donne sa nature propre (ce qu’il est vraiment) et sa finalité (ce pour quoi il est fait, à quoi il sert). En bref l’être vivant existe par nature.

«L'âme disparue, il n'y a plus d'animal et aucune des parties ne demeure la même, sinon seulement par la configuration extérieure, comme ceux qui, dans la légende, ont été changés en pierres; s'il en est ainsi, il appartiendra au naturaliste de parler de l'âme et d'en avoir la science, et sinon de toute l'âme, du moins de ce qui fait l'animal ce qu'il est; le naturaliste doit connaître ce qu'est l'âme, ou cette partie spéciale de l'âme, et tout ce qui accompagne son essence, d'autant plus que la nature se dit en deux sens: la matière et la substance. C'est cette dernière qui joue le rôle de moteur et de fin. C'est cela qu'est l'âme de l'animal, ou tout entière, ou une partie d'elle-même. Ainsi, il faut, dans l'étude de la nature, insister davantage sur l'âme que sur la matière, dans la mesure précisément selon laquelle c'est par l'âme que la matière est nature, et non l'inverse ; en effet, le bois n'est lit et trépied, que parce qu'il est cela en puissance.» (Aristote, Des parties des animaux, 1,1)

L’âme est ce qui permet à un être de se réaliser, autrement dit dans le langage d’Aristote d’effectuer le passage de la puissance à l’acte.

Donc Aristote fait de l’âme le principe même du vivant. Bien sûr cette théorie semblera dépassée (bien qu’elle subsiste dans différentes pratiques médicales ou de relaxation venues d’orient, lesquelles se basent sur l’idée plutôt vague d’« énergie »). Pourtant elle a le mérite de préserver l'idée de Vie – au-delà même du concept de Vivant - avec toute sa richesse et sa plasticité. La vie ou l’âme connote surtout l’idée de mouvement, et ne se limite pas à la pensée. Conservons cette idée que la vie déborde de partout le vivant. La vie biologique ne semble devoir être qu'une forme ou un niveau de vie.

 

2. Le modèle mécaniste

La théorie de Descartes en est représentative (Cf. Descartes, Traité des passions).

Descartes s'oppose radicalement à l'explication aristotélicienne. Alors que, selon Aristote, on ne saurait expliquer les phénomènes vitaux sans les imputer à l'action de l'âme, selon Descartes, ces mêmes phénomènes n'ont nul besoin que l'on invoque l'action de l'âme pour les expliquer : si l'âme peut agir sur le corps et le corps sur l'âme, en fait l'un et l'autre sont des réalités distinctes, pouvant exister l'une sans l'autre.

Pour Descartes l’âme est d’abord intellectuelle et n’a rien à voir avec le corps (dualisme). Le corps vivant tient son principe de lui-même mais à la manière d’une mécanique, par une série d’automatismes. Descartes explique le vivant comme s'il s'agissait d'une simple machine, donc de façon purement "mécaniste" : "Toute la chaleur et tous les mouvements qui sont en nous, en tant qu'ils ne dépendent point de la pensée, n'appartiennent qu'au corps" (Traité des passions). 

La mort elle-même s’explique mécaniquement comme une sorte de « panne » : " (...) considérons que la mort n'arrive jamais par la faute de l'âme, mais seulement parce que quelqu'une des principales parties du corps se corrompt; et jugeons que le corps d'un homme vivant diffère autant de celui d'un homme mort que fait une montre, ou autre automate (c'est-à-dire autre machine qui se meut de soi-même), lorsqu'elle est montée et qu'elle a en soi le principe corporel des mouvements pour lesquels elle est instituée, avec tout ce qui est requis pour son action, et la même montre, ou autre machine, lorsqu'elle est rompue et que le principe de son mouvement cesse d'agir. » (idem)

Le modèle explicatif de Descartes est extrêmement simplificateur. Pourtant la science moderne est restée assez mécaniste. De fait, les progrès de la biologie ont surtout consisté à rattacher les propriétés du vivant à des phénomènes chimiques ou moléculaires. Le réductionnisme biologique est la doctrine qui veut soutenir que les phénomènes biologiques ne sont pas vraiment spécifiques et qu’ils sont explicables par référence aux phénomènes physico-chimiques. Claude Bernard, critiquant le finalisme, déclarait : « La vie n’est qu’un mot dû à l’ignorance et quand nous qualifions un phénomène de ‘vital’, cela équivaut à dire que c’est un phénomène dont nous ignorons la cause prochaine ou la condition ». En d’autres termes, si nous avions une explication mécaniste solide, elle détruirait aussitôt la spécificité que nous donnons aux phénomènes vivants.

 

3. Le modèle "organiciste"

Kant est représentatif de ce modèle (Cf. Kant, Critique du jugement). Kant développe un point de vue que l'on pourrait considérer comme intermédiaire aux deux précédents. Il montre l'insuffisance du point de vue mécaniste. L'étude, SPECIFIQUE de l'être vivant doit non seulement le tenir comme un être organisé mais aussi, de manière inséparable, comme "un être s'organisant lui-même.

Dans cet extrait Kant démontre impitoyablement la différence entre un organisme vivant et une machine : « Dans une montre, une partie est l'instrument qui fait se mouvoir les autres ; mais un rouage n'est pas la cause efficiente qui engendre les autres ; une partie, il est vrai, existe pour l'autre, mais non par cette autre. La cause efficiente de ces parties et de leur forme n'est pas dans la nature (de cette matière), mais au-dehors, dans un être qui peut agir en vertu d'idées d'un tout possible par sa causalité. C'est pourquoi dans une montre un rouage n'en produit pas un autre et encore moins une montre d'autres montres, en utilisant (organisant) pour cela une autre matière ; elle ne remplace pas d'elle-même les parties dont elle est privée et ne corrige pas les défauts de la première formation à l'aide des autres parties ; si elle est déréglée, elle ne se répare pas non plus d'elle-même ; toutes choses qu'on peut attendre de la nature organisée. Un être organisé n'est pas seulement une machine ; car celle-ci ne détient qu'une force motrice, mais il possède une énergie formatrice qu'il communique même aux matières qui ne la possèdent pas (il les organise), énergie formatrice qui se propage et qu'on ne peut expliquer uniquement par la puissance motrice (le mécanisme) » (Kant, Critique de la faculté de juger (1790), 11, § 65)

La conception kantienne de la Vie ou plus généralement de la Nature conserve un certain finalisme, même si elle ne reconnaît plus le principe vital, l’âme organisatrice, au sens d’Aristote ; elle évoque un « dessein » de la Nature, une volonté supérieure organisant le vivant pour « passer » de la Nature à la Culture. Mais sa différenciation de l’organique par rapport au mécanique reste pertinente.

La biologie moderne n’est pas finaliste. Elle n’est pas non plus mécaniste (au sens de Descartes). Et elle ne parle plus d’un « dessein » de la Nature, au sens de Kant. Il s’agit bien d’une science et non d’une doctrine philosophique. Quels sont les grands principes de cette science du vivant qu’est devenue la biologie moderne ?

 

II. Les caractéristiques du vivant

 

Voici les principaux caractères structurels qui différencient le phénomène vital d’un simple phénomène matériel.

1) Totalité et autonomie. Le vivant se présente, face au monde extérieur, comme une totalité distincte, qui présente un certain degré d’autonomie (notamment de mouvement). Une cellule élémentaire comporte une membrane, forme une tout, une unité vivante autonome. Tout vivant constitue un petit monde biologique, dans le Monde en général. Plus étrange encore, un organisme vivant est structuré comme un ensemble de poupées russes, de totalités emboîtées. Qu’est-ce qu’une cellule en effet sinon déjà une unité, une petite totalité?

2) Subsistance et milieu. L’être vivant se maintient en vie, en absorbant ou en fabriquant, les aliments dont il a besoin pour croître et entretenir ses fonctions vitales. Le vivant vit, trouve sa subsistance dans son milieu, et c’est seulement dans son milieu qu’il trouvera la nourriture qui lui est adaptée. Le renard européen ne survivrait pas laissé sur la banquise du pôle ou dans le désert des tropiques.

3) Consommation et transformation d’énergie. L’être vivant se manifeste aussi par une capacité de respiration. Il transforme, par des réactions complexes de combustion, l’énergie des aliments en énergie utilisable par ses cellules.

4) Croissance et développement. L’être vivant est aussi doué d’une sensibilité au temps qui lui est propre, qui ne se réduit pas au processus d’entropie (inertie et destruction) qui règne dans le domaine de la matière. Il a une naissance, une croissance, un développement et enfin une mort. Ces processus typiques n’ont de sens que dans le phénomène vivant.

5) Reproduction. Le vivant est capable de se reproduire, de différentes manières. La reproduction est sans doute la finalité même du vivant. 

6) Adaptation sélection, évolution. Les organismes vivants peuvent évoluer à travers des mécanismes complexes que l’on repère en biologie comme adaptation et mutations, dans un schéma maintenant admis qui est celui de l’évolution basé lui-même sur la sélection naturelle. L’évolution est un terme qui ne trouve son sens premier qu’en biologie, comme caractère propre du vivant. D’après des thèses de Lamarck et de Darwin, cette loi de l’évolution signifie que toute modification de l’organisme survenue en raison de la nécessité de s’adapter à un changement du milieu est susceptible de devenir héréditaire, et donc de faire évoluer l’espèce irréversiblement.

L’ensemble de ces caractères se rattachent tous à une propriété essentielle qui est l’on peut nommer abstraitement : l’auto-référence. Celle-ci s’exprime par l’auto-conservation, l’auto-reproduction, l’auto-régulation (ou adaptabilité) : le vivant parvient à se gérer lui-même, à surmonter des déséquilibres venant du monde extérieur, à synchroniser des réactions d’ensemble.

 

III. La manipulation du vivant et les problèmes bioéthiques

 

Nous posions la question en titre : connaître le vivant, pour quoi faire ? La réponse s’impose d’elle-même, de même que la science n’a d’autre vocation que de servir les techniques, la biologie sert à manipuler le vivant, à le contrôler, dans le meilleur des cas à le soigner (médecine).

Mais les progrès récents de la génétique rendent possible la manipulation en profondeur des êtres vivants. Jusqu'où peut-on aller dans ce domaine des biotechnologies ?

Les questions scientifiques concernent aussi la politique et la démocratie, puisqu’elles engagent toujours à un moment donné un choix ou une décision à prendre, et donc un débat.

 

1) Une question fondamentale : du droit à la vie au respect de la vie

Manipuler le vivant, on l’a dit, implique bien souvent de le… tuer ou de sacrifier sa liberté (ex. expériences sur les animaux). Y a-t-il un principe moral qui interdirait de telles pratiques ? Énoncée radicalement, la question devient : tout ce qui vit a-t-il le droit de vivre ?

Les enjeux d’une telle question sont considérables, notamment : peine de mort, avortement et euthanasie pour les humains, mais respect inconditionnel de la vie animale…

Il y a bien un lien profond entre les notions de « vie » et de « droit ». Si on l’accepte, l’énoncé « tout ce qui vit a le droit de vivre » dit clairement non seulement que la vie doit être protégée, mais encore que le fondement du droit est la vie. Cela signifie que la vie n’a pas à être justifiée, elle se justifie d’elle-même. Je vis = j’ai le droit de vivre. Le respect de ce principe n’implique pas, certes, que l’on contrarie la loi de la sélection naturelle pour protéger systématiquement toute vie (sauf exception assumée où je remplace la « loi de la nature » par un règlement personnel : imaginons que j’entende protéger les oiseaux de mon jardin des agressions venant de différents prédateurs). En revanche cela implique bien que les hommes, dans la mesure où ils en ont le pouvoir, veillent à la protection de la nature, de la vie, de l’environnement.

D’une façon générale, les problèmes éthiques surgissent là où le respect de l'homme est en jeu. Kant a formulé de façon éclairante la maxime qui devrait régir notre conduite : "traiter l'humanité en notre personne comme en celle d'autrui toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen" (Cf. Critique de la Raison pratique). Mais ne faut-il pas étendre le « respect » à l’ensemble du vivant ? Jusqu’à quel point peut-on remplacer le mot « humanité » par celui de « nature » celui de « personne » par celui de « vivant » ?

L’homme, parce qu’il a acquis les techniques et les moyens de modifier la vie sur terre, a-t-il d’autant plus le devoir de la respecter et de la protéger ? C’est bien ce que pensent les défenseurs de l’environnement mais aussi les défenseurs des animaux, dont certains vont jusqu’à s’interdire la consommation de toute viande animale.

Étant les êtres vivants les plus proches des humains, les animaux ont-ils des droits comme les personnes ? voire en tant que personnes… non-humaines ?

 

2) Faut-il poser des limites à la manipulation du vivant ?

a) Le possible 

Le séquençage du génome humain a été achevé en juin 2000. Les possibilités qu'ouvre le génie génétique sont immenses. Il est désormais possible de modifier les gènes et de les introduire dans un organisme pour en modifier l'information génétique. Il est même possible de produire des clones (Cf. Brebis Dolly). 

Le corps médical place dans la génétique des espoirs immenses, celle-ci devant permettre à terme de mettre fin à des maladies qui résistent jusqu'ici aux traitements chimiques ordinaires. De leur côté les industriels de l'agro-alimentaires investissent dans les manipulations sur le vivant (Cf. O.G.M).

Mais ces manipulations sont inquiétantes. Nous aurons, à terme semble-t-il, les moyens de produire Le meilleur des mondes, selon Huxley, un monde où l'on pourrait produire des hommes adaptés aux tâches que la société aura à leur confier ; un monde où la diversité naturelle serait abolie au profit d'espèces artificielles, un monde qui probablement inventerait aussi par-là de nouveau désordres biologiques et de nouvelles maladies.

b) Le souhaitable

Platon dans le Protagoras, affirme que la technique supplée aux carences de la nature en prenant le relais de celle-ci. Il n’est pas « prévu » qu’elle remplace la nature !

Il semble souhaitable d'en limiter l'intervention aux corrections de ses anomalies ou à la réparation des accidents de la vie (qui refuserait la greffe d’un membre artificiel si elle permet d’en retrouver l’usage ?) sauf à jouer aux apprentis sorciers. S'il paraît souhaitable de corriger une anomalie chromosomique, il paraît aberrant de vouloir aller à contre-courant de toute l'évolution différenciatrice des individualités au service de leur adaptabilité, en bricolant des clones

L'ovule, nous apprend la génétique, sélectionne le spermatozoïde dont les chromosomes sont les plus différents des siens. Ne soyons pas moins intelligents qu'elle ! La différence, la différenciation est le critère même de la vie et de la santé. Le bricolage génétique, lui, vise la ressemblance et l’uniformité. Politiquement, cela peut conduite à l'eugénisme et au totalitarisme.

Une nouvelle idéologie a vu le jour ces dernières décennies, sous le nom de « transhumanisme ». La finalité de ses adeptes est clairement de « reformater » l’humain, notamment en intégrant dans son organisme et jusqu’au cerveau, des apports technologiques et une dose d’intelligence artificielle. Faisant évoluer l’homme dans une « réalité augmentée », on pourrait espérer un accroissement de ses « performances ». Mais le rêve ultime est de repousser – voire annuler ? – l’instant de la mort… 

Problème épineux : modifier, provoquer une mutation de l’humanité (vers le cyborg ?) pour repousser la mort des individus, n’est-ce pas paradoxalement risquer de tuer l’humanité en chaque individu ?

 

Conclusion

Il semble que la connaissance du vivant vise des buts essentiellement pratiques, notamment médicaux. Mais le vivant ne se laisse pas étudier aussi facilement que la matière. Ou plutôt: comme la matière, le vivant recule vers une zone d'inconnaissance qui s'appelle l'homme. Le vivant converge vers l'homme. Or celui-ci ne se contente pas d'être vivant : il "vit". La vie déborde le vivant de part en part, comme l’esprit déborde le cerveau. La vie représente ce qui nous est le plus proche, et le plus précieux. La vie est avant tout subjectivité. Par ailleurs vie est un don. D'où la difficulté et même le caractère inapproprié de prétendre manipuler le vivant.

dm