Joan Miró, Peintures (Femmes, lune, étoiles), 1949
Introduction
"Le physicien Szilard annonce un jour à son ami Hans Bethe qu’il a décidé de tenir un journal. — Je n’ai pas l’intention de le publier ; je vais simplement cataloguer les faits pour que Dieu en soit informé. — Tu ne crois pas que Dieu connaît les faits ? lui demande Behe ? — Si, dit Szilard. Il connaît les faits, mais il ne connaît pas cette version des faits” (Cité par P. Jacob, L’empirisme logique, Minuit 1980). — Cette histoire montre que les faits bruts ne peuvent être racontés sans imagination, et que l’imagination suppose à son tour une interprétation, c’est-à-dire une version subjective du réel.
A son tour, la philosophie propose plusieurs théories, plusieurs versions du phénomène ‘imagination’. La première, la plus classique mais aussi la moins stimulante, en fait un pouvoir de reproduction du réel, une opération certes nécessaire et utile mais aussi chargée d’illusions. La seconde version, celle de l’imagination créatrice, correspond à une émancipation puisque l’imagination rime alors avec liberté et subjectivité, expression et créativité (éventuellement artistique). L’imagination copie le monde, l’imagination crée le monde, mais aussi l’imagination est un monde : le monde intérieur du sujet peut être défini comme un imaginaire, et l’apparition d’un sujet dépend toujours d’une identification imaginaire. On ne dit pas seulement “imaginer”, mais aussi et surtout “s’imaginer”. Au-delà d'un sujet particulier, l'imaginaire ne correspond-il pas avec une pluralité possible de mondes ?

