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L’idéal du bonheur pour les Modernes : le bonheur avant tout

 


1) Un idéal de l’imagination : à chacun son bonheur

- Le devoir et la vertu concernent la raison, toujours universelle ; tandis que le bonheur n’est qu’un idéal de l’imagination, et en ce sens, il reste lié à l’expérience singulière et empirique. D’où la sorte de flou, voire de contradiction qui entoure l’idée du bonheur. Kant : « Le concept du bonheur est un concept si indéterminé, que, malgré le désir qu’a tout homme d’arriver à être heureux, personne ne peut jamais dire en termes précis et cohérents ce que véritablement il désire et il veut. La raison en est que tous les éléments qui font partie du concept du bonheur sont dans leur ensemble empiriques, c’est-à-dire qu’ils doivent être empruntés à l’expérience ; et que cependant pour l’idée du bonheur un tout absolu, un maximum de bien-être dans mon état présent et dans toute ma condition future, est nécessaire ». Donc le bonheur est un idéal de l’imagination. Cela veut dire que l’on projette dans l’absolu des satisfactions dont nous avons fait l’expérience. Cet idéal est aussi divers et subjectif que le sont ces expériences elles-mêmes.

Le bonheur est donc un idéal de l’imagination et non un idéal de la raison comme y prétend la moralité.

- Néanmoins peut-on sérieusement parler d'un idéal égoïste, ou même personnel ? Tout idéal n'est-il pas par définition humaniste ? Il en va de l’imagination du bonheur comme du jugement de goût : en le projetant dans l’avenir, nous le généralisons, nous l’attribuons également aux autres. Nous faisons comme si les autres avaient la même conception du bonheur, tout simplement parce que nous incluons les autres dans notre idéal. D’ailleurs, n'avons-nous pas besoin des autres pour être heureux ? Le bonheur serait-il par définition collectif ?

Matérialisme vs spiritualisme : qui a raison ?

 


La question que nous posons ici est d'ordre ontologique beaucoup plus qu’épistémologique : elle concerne la réalité même des choses, davantage que leur connaissance. Reste à savoir si précisément une perspective épistémologique n’est pas finalement requise pour sortir d’une confrontation qui risquer de se changer en aporie. Le matérialisme soutient que seule existe vraiment la matière, et que l'esprit n'est qu'une forme de matière élaborée, ou au pire un rêve et une illusion. Le spiritualisme au contraire soutient que seul l'esprit existe vraiment, et que la matière n'en est qu'une version dégradée, une faible copie, une sorte d'apparence. Les deux théories - dont nous nous contenterons d'examiner ici quelques exemples - sont également traditionnelles, même si le spiritualisme semble plus ancien, et davantage lié à la vision religieuse du Monde qui consiste à distinguer un Monde matériel, essentiellement voué à la corruption, et un arrière-monde Spirituel éternel et pur.