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Matrix avec Platon : ce monde est-il une prison ?

 


Résumé de l"allégorie de la caverne" de Platon

Extrait du Livre VII de La République, œuvre maîtresse de Platon, ce passage est un dialogue entre Socrate et un certain Glaucon, dans lequel le premier relate un étrange scénario. On peut distinguer quatre parties dans ce qu’il est convenu d’appeler « l’allégorie de la caverne ». La première parle d’une grotte où sont gardés prisonniers plusieurs hommes, enchaînés au cou et aux pieds, condamnés à rester immobiles pour le restant de leurs jours, à regarder sur le mur de la caverne s’agiter des ombres. Ces ombres sont créées par d’autres hommes, libres, derrière un mur, dans le dos des prisonniers, lesquels s’imaginent que les voix qu’il entendent proviennent des ombres. Pour ces prisonniers, les ombres sont la réalité. La seconde partie relate l’évasion de l’un des prisonniers, une évasion douloureuse et ‘assistée’ par les hommes libres, qui le forcent à découvrir par lui-même la vérité : lui et ses semblables étaient manipulés. La vérité lui apparaît tout d’abord comme mensongère, puisque brutale et déstabilisante pour quelqu’un qui est restée toute sa vie dans la pénombre et l’illusion. Mais progressivement - et c’est ce que relate la troisième partie - ses yeux s’ouvrent, acceptent la réalité et l’homme acquiert le savoir. Il a conscience de sa liberté, et préfère naturellement son actuelle condition à celle qu’il avait dans la caverne. Dans la quatrième partie, l’homme libéré rejoint ses anciens semblables dans la caverne, mais prête à rire : ses yeux s’étant habitué à la lumière du soleil, il se trouve une nouvelle fois déstabilisé, ce qui pousse à croire aux hommes enchaînés qu’entreprendre de faire le même trajet que lui peut leur être néfaste. A tel point qu’ils projetteraient même de le tuer !

Le cinéma ou l'amour de la technique (et de la philosophie)

 

Dziga Vertov, L'Homme à  la caméra, URSS, 1929


Le cinéma, dans un monde d’images

Que peut le cinéma dans un « monde d'images » ? Par là je n’entends pas spécialement un monde d’apparences ou d’ombres (comme dans la Caverne de Platon) qui éloignerait de la vraie réalité, celle des Essences idéales (toujours chez Platon) ou plus simplement celle de la nature, concrète et authentique. J’entends bien un monde réel de plus en plus fabriqué, recomposé par les images et leur circulation dans les différentes strates de l’économie, de la société, de la culture. Ces images sont conçues et fabriquées au moyen de certaines techniques, des techniques très diverses qui ont elles-mêmes beaucoup évolué avec le temps. Or le cinéma – qui a priori n’est pas en soi une technique mais plutôt un art, ou un ensemble de techniques et de technologies au service d’un art – emploie évidemment certaines de ces techniques destinées à produire des images. En quoi les techniques utilisées par le cinéma diffèrent-elles éventuellement de celles qu’utilisent les autres gros producteurs ou diffuseurs d’images comme l’affichage publicitaire, la télévision, ou les nouveaux médias numériques ? Comme les moyens techniques utilisés ne diffèrent pas fondamentalement, il faut surtout se demander quel écart spécifique, quelle liberté dans l’utilisation de ces techniques signerait le propre du discours cinématographique, qu’on le conçoive plutôt comme un art, un spectacle, un discours critique engagé, ou autre.