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Perception et illusion. Le monde perçu est-il le monde réel ?

 


Aucune conscience de soi n'est possible sans une conscience du monde extérieur. La perception est justement ce phénomène de conscience qui par l'intermédiaire de nos sens nous met en relation avec le monde extérieur.

Le français autorise un usage assez large du terme de perception, du sens le plus intellectuel au sens le plus matériel : on dit qu'une idée est mal "perçue" (c'est-à-dire comprise) ou que le percepteur "perçoit nos impôts, en passant par les "troubles de la perception" (par exemple de la vue ou de l'ouïe). Dans tous les cas on retrouve à l'origine le verbe latin "capere" qui signifie "prendre". La perception, dans son sens le plus général, est donc la faculté qu'a un sujet d'appréhender le monde et ses objets.

Perception et sensation semblent proches, voire identiques. Il n'en est rien. La perception est plutôt une synthèse, un rassemblement de différentes sensations pour parvenir à représentation unique de la réalité. Comme telle elle fait intervenir la conscience ; elle concerne le Sujet tout entier et son pouvoir de compréhension du monde, voire sa façon d'"habiter" le monde.

Un premier problème sera de comprendre comment nous percevons la réalité, quelle est la genèse et la structure de la perception. Un second problème, plus vertigineux, porte sur la valeur de nos perceptions. Qu'est-ce qu'une illusion ? Le monde perçu est-il finalement le (seul) monde réel ? La question sous-entend que nos perceptions pourraient bien ne pas être fiables. Est-ce parce que nos sens sont naturellement débiles et limités, ou bien faut-il invoquer des raisons plus profondément subjectives, de l'ordre de la croyance ou du désir ? Davantage encore, faut-il situer le "réel" au-delà du monde sensible comme le conçoit un certain idéalisme ? Il reste que la pire des illusions consiste peut-être à "se faire des idées"… jusqu'à l'hallucination ?

L'oeuvre d'art, de l’imitation de la nature à l'imagination en liberté

 

Vieux souliers aux lacets… de Vincent van Gogh (1886)


1) Représentation et expression

Une œuvre comporte des signes sensibles (visuels, sonores, etc., car l'œuvre elle-même est sensible) qui représentent des objets, qu'ils soient matériels (une chaussure) ou abstraits (l'amour), existants (des humains) ou inexistants (des martiens). Mais un panneau publicitaire peut représenter aussi ce genre de choses. Donc ce qui distingue une œuvre d'art de tout autre message est sa dimension subjective et personnelle. Autrement dit, on ne se demande pas seulement ce que représente une œuvre d'art, mais aussi ce qu'elle exprime. Par exemple, la représentation de l'amour peut être triste, désespérée, ou au contraire jubilatoire et excitante… La représentation est par nature objective, tandis que l'expression se veut subjective. 

Imagination et création. (Les principales conceptions philosophiques de l'imaginaire)

 

Joan Miró, Peintures (Femmes, lune, étoiles), 1949


Introduction

"Le physicien Szilard annonce un jour à son ami Hans Bethe qu’il a décidé de tenir un journal. — Je n’ai pas l’intention de le publier ; je vais simplement cataloguer les faits pour que Dieu en soit informé. — Tu ne crois pas que Dieu connaît les faits ? lui demande Behe ? — Si, dit Szilard. Il connaît les faits, mais il ne connaît pas cette version des faits”  (Cité par P. Jacob, L’empirisme logique, Minuit 1980). — Cette histoire montre que les faits bruts ne peuvent être racontés sans imagination, et que l’imagination suppose à son tour une interprétation, c’est-à-dire une version subjective du réel.

A son tour, la philosophie propose plusieurs théories, plusieurs versions du phénomène ‘imagination’. La première, la plus classique mais aussi la moins stimulante, en fait un pouvoir de reproduction du réel, une opération certes nécessaire et utile mais aussi chargée d’illusions. La seconde version, celle de l’imagination créatrice, correspond à une émancipation puisque l’imagination rime alors avec liberté et subjectivité, expression et créativité (éventuellement artistique). L’imagination copie le monde, l’imagination crée le monde, mais aussi l’imagination est un monde : le monde intérieur du sujet peut être défini comme un imaginaire, et l’apparition d’un sujet dépend toujours d’une identification imaginaire. On ne dit pas seulement “imaginer”, mais aussi et surtout “s’imaginer”. Au-delà d'un sujet particulier, l'imaginaire ne correspond-il pas avec une pluralité possible de mondes ?