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Autrui, de l'Étranger au Prochain (problématique)

 


1. – Autrui est l’Autre humain, l’alter ego. Autrui est l’autre homme, l’autre humain. Plus précisément, ce n’est pas seulement un “autre homme”, mais un alter ego, un autre Sujet ou un autre Moi. Mais il y a une ambiguïté. Tout dépend ensuite si l'on porte l’accent plutôt sur alter (autre, altérité) ou plutôt sur ego (moi, identité) : dans le premier cas, Autrui reste différent de moi, il est "l'autre que moi", dans le second cas il devient mon semblable, il est un "autre moi" (comme moi… il possède un moi, une conscience, une subjectivité). 

2. – Des autres à Autrui. Dans tous les cas on doit distinguer Autrui, en tant qu’identique et différent à la fois, des “autres” en général, lesquels sont seulement différents. Car la traduction littérale du mot latin “autrui” est : “cet autre-ci”, et non “les autres”. Or ce qui nous apparaît en premier lorsque l'on vit et que l'on découvre le monde, ce sont bien "les autres", leur masse indifférenciée, vaguement menaçante, "étrangère" à notre intimité (notre famille, notre groupe le plus proche). La reconnaissance d’un « autre moi » dans cette masse étrangère des « autres » n’intervient qu’après coup. 

Est-il vrai que l’homme est un loup pour l’homme ?

 


C’est un fait que le crime et la violence persistent autour de nous.  Certaines formules proverbiales présentent l’homme comme un prédateur redoutable. Ainsi : "homo homini lupus" de l'auteur latin Plaute (IIe siècle av. J. -C.), formule reprise par Hobbes et bien d'autres avant lui.

« L’homme » – Il est difficile de proposer une « définition » non réductrice de l’être humain. L’homme est une créature douée de raison… capable de déraisonner, et un être « sociable »… capable de tuer son prochain ! Bref, l’homme outrepasse toujours les définitions qu’il peut donner de lui-même. 

« Le loup » – On a toujours associé le loup au « méchant »… et au « gourmand » ; le christianisme en fit même une image du Diable. C’est bien connu, le loup « dévore » les petits enfants, surtout s’ils ne sont pas sages. La méchanceté est une volonté de nuire qui s’accompagne de violence ou de cruauté. Dans l’imagerie populaire, le loup n’est pas seulement un prédateur : il se délecte de l’effroi qu’il peut causer (il « ricane »).

« Pour l’homme » - On nous demande de confirmer ou d’infirmer (est-il vrai ?) un présupposé peut-être faux : à savoir que l’homme serait un prédateur et/ou un méchant « pour » l’homme, ce qui peut signifier aussi bien envers lui-même qu’envers autrui.

Autrement dit la violence et la méchanceté sont-elles naturelles à l’homme ou bien sont-elles un effet pervers de la civilisation qu’il serait possible de corriger ? L’homme est-il méchant comme un loup ou est-il devenu un être plus méchant que le loup lui-même ?