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L’historien ne peut-il examiner le passé qu’en fonction de son présent ?

 


Hérodote (484 - 425 av. J.-C.)

Habituellement on fait remarquer qu’il est indispensable de connaître le passé pour comprendre le présent, par fournir des explications en profondeur et non superficielles ; mais inversement, comment comprendre le passé sans tenir compte du présent qui nous fournit un point de vue particulier, qu’on le veuille ou non ? L’historien ne peut-il examiner le passé qu’en fonction de son présent ?

L’historien n’est pas seulement quelqu’un qui se contente de raconter le passé (certains romans le font aussi) : il est un adepte et un praticien de la science historique. L’histoire, comme discipline, est la connaissance du passé et du devenir des hommes, dans leurs dimensions sociales, politiques, militaires, mais aussi culturelles. Cette science est particulière en ceci qu’elle est force d’étudier un objet disparu, inobservable dans le présent. Mais l’historien lui est bien un homme du présent. Un présent fait d’appartenances multiples : politiques, nationales, culturelles. 

Le temps intérieur ou le présent. Deux références

 

Augustin et Bergson

Les attitudes "passéistes" ou nostalgiques correspondent, généralement, à une sorte de négation du temps, une terreur face au temps et aussi face à la mort. En effet, avec le temps, peuvent survenir des évènements qui perturbent l’ordre prévisible des choses, la soi-disant destinée par exemple. Il en va du temps comme de la mort, la plupart des philosophes antiques – pas seulement Platon - tentent de la nier en prétendant qu’elle n’est rien… au moins dans l’instant. En effet, prétendent-ils, si le temps est la décomposition de toute chose en un passé, un présent et un avenir, on peut dire que ceux-ci ne “sont” pas vraiment puisque littéralement le passé n’est plus, le futur n’est pas encore, et le présent est insaisissable entre les deux ! Mais ce raisonnement apparemment logique est surtout purement formel, comme si nous nous n’avions pas, intérieurement, une sensation très concrète du temps, que cela soit par le biais de la mémoire (tournée vers le passé) parfois tourmentée, ou bien l’attente parfois fiévreuse de l’avenir, ou bien l’ennui qui parfois nous rend insupportable le présent. Le temps est bien une réalité intérieure qu’il nous faut décrire.