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Peut-on connaître la matière ?

 


Descartes et le morceau de cire

Ce fut le problème de Descartes au 17è siècle. Descartes était “dualiste”, c’est-à-dire qu’il opposait la matière et l’esprit comme deux substances différentes, mais en leur accordant une égale réalité. Par exemple l’homme possède une âme (spirituelle) et un corps (physique). 

Mais le problème que se pose Descartes est avant tout d'ordre épistémologique : il se demande comment l’on connait la matière et ses propriétés (Descartes veut promouvoir la science et le progrès technique). Sa réponse : justement avec l’esprit !

La matière désigne d’abord la réalité concrète et observable, en un mot tout ce qui constitue notre expérience sensible (définition de l'"empirique"). Question : l'observation et la sensation vont-elles nous apporter des informations objectives et certaines sur la matière même des choses ? Descartes pense que non, il soutient que la matière n’est pas objet de sensation mais de pensée, et il va le démontrer dans la seconde des Méditations Métaphysiques, sous le nom d'expérience du « morceau de cire ». 

Matérialisme vs spiritualisme : qui a raison ?

 


La question que nous posons ici est d'ordre ontologique beaucoup plus qu’épistémologique : elle concerne la réalité même des choses, davantage que leur connaissance. Reste à savoir si précisément une perspective épistémologique n’est pas finalement requise pour sortir d’une confrontation qui risquer de se changer en aporie. Le matérialisme soutient que seule existe vraiment la matière, et que l'esprit n'est qu'une forme de matière élaborée, ou au pire un rêve et une illusion. Le spiritualisme au contraire soutient que seul l'esprit existe vraiment, et que la matière n'en est qu'une version dégradée, une faible copie, une sorte d'apparence. Les deux théories - dont nous nous contenterons d'examiner ici quelques exemples - sont également traditionnelles, même si le spiritualisme semble plus ancien, et davantage lié à la vision religieuse du Monde qui consiste à distinguer un Monde matériel, essentiellement voué à la corruption, et un arrière-monde Spirituel éternel et pur.

La matière et l’esprit : deux réalités opposées ou deux aspects d'une même réalité ? (problématique)

 


« Il suffit d’un atome pour troubler l’œil de l’esprit. » Shakespeare, Hamlet

 

Distinction des concepts

Quel constat semble s’imposer quand on rapproche ces deux notions ? Elles s’opposent !

- La matière, en première approximation, désigne tout ce qui existe « concrètement » et « visiblement » hors de notre esprit, c’est-à-dire ce qui est perçu par nos sens (visible, audible, palpable…). Ce serait donc le concret (opposé à l’abstrait) et le sensible (opposé à l’intellectuel). 

Mais plus précisément le mot français « matière » vient du latin materia, dérivé de mater (mère, nourrice), équivalent de hulê en grec, littéralement le bois en tant qu’il est destiné à être travaillé. En ce sens la matière est le matériau servant à la construction, le substrat, voir le contenu auquel va être apporté une organisation, une structure. C’est en ce sens aussi que l’on parle de la « table des matières », soit l’ensemble des objets, des contenus d’un ouvrage en tant qu’ils sont visés par une réflexion (de l’esprit). Donc, la matière est plus précisément ce qui est destiné à revoir une forme.

- L’esprit. L'étymologie latine fournit le premier sens : 1) spiritus, « le souffle », « le vent », donc le souffle divin, les « esprits » (êtres surnaturels) ou l'Esprit-Saint – 2) l’ensemble des facultés intellectuelles et psychiques de l’homme, voire son caractère (d'où des expressions comme « avoir l’esprit d’à-propos », « faire de l’esprit », « avoir l’esprit large ou étroit ») – 3) au sens métaphysique, l’Esprit, une réalité transcendante qui dépasse même l’esprit humain individuel, soit l’ensemble des œuvres humaines (la Culture), soit encore une entité supérieure et créatrice (Dieu).