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Mort et finitude

 


Introduction

La mort n’est pas tant le contraire de l’existence que sa conclusion, ou littéralement sa fin. Leur jonction se fait alors dans le temps. Hormis Dieu peut-être, exister n’a de sens que dans le temps ; quant à la mort, elle représente, pour l’homme, la preuve la plus incontournable de sa condition temporelle et terrestre : la mort est ainsi l’épreuve même et ultime du temps.

Si l’on peut définir le temps comme une limite, faut-il en dire autant de la mort ? Faut-il, par “limite”, entendre simplement le caractère “fini” de l’homme, sa “finitude” ? Et si la mort est une limite, est-elle obligatoirement une fin ? Que pourrait bien signifier une expression comme “fin dernière”, dont les connotations semblent religieuses ?

Dans son livre La mort, Vladimir Jankélévitch organise son approche de la question selon les trois temps successifs : avant la mort, pendant la mort, après la mort. Or, si l’on tente de reconstituer la réflexion philosophique à ce propos, l’on s’aperçoit que celle-ci ne s’est longtemps intéressée qu’au troisième temps : la mort après la mort ; soit son aspect le plus métaphysique, l’Idée de la mort : l’incompréhensible. N’est-ce pas surtout, en la réduisant à une idée, une manière de dénier le réel la mort - et le temps lui-même ? La pensée de la mort avant la mort précède également celle de la mort “en face”, si l’on peut dire, car elle est à nouveau une façon de différer son approche la plus radicale : il s’agit souvent, d’ailleurs, de la mort des autres : l’inadmissible. Enfin vient la mort pendant la mort, seule véritable mort, la mort propre, à même l’existence : l’impossible même. 

Peut-on avoir peur de soi-même ?

 

Film Le locataire, Roman Polanski


Nous avons généralement le sentiment de maîtriser nos sentiments et nos émotions, d’en savoir suffisamment sur nous-mêmes pour anticiper nos actes, et donc a priori nous ne connaissons pas ce que nous pourrions appeler, paradoxalement, la « peur de soi-même ». Nous entretenons avec nous-mêmes une relation de proximité, de confiance et parfois d’amitié. En revanche il nous arrive fréquemment d’avoir peur des autres parce que nous ne pouvons pas anticiper leurs comportements parfois dangereux.

Pourtant nous disons bien quelques fois, dans certaines situations, « méfie-toi, je ne sais pas comment je pourrais réagir » (ce qui sonne comme une menace) ou bien lorsque l’on se rend compte qu’on a mis sa propre vie en danger : « je me suis fait une grosse frayeur ». C’est pourquoi il n'est pas absurde de se demander si l’on peut avoir peur de soi-même.