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Théorie et expérience. La méthode expérimentale selon Claude Bernard

 


Théorie + expérience = connaissance (rationalisme, empirisme, criticisme).

Théorie et Expérience sont les deux aspects d’une connaissance objective et scientifique. Cette opposition reprend, à l’intérieur de l’investigation scientifique, l’opposition générale de la Raison et du Réel. L’objet « réel » de la science est le monde physique ou vivant, parfois humain. La théorie est un ensemble cohérent de thèses et de lois explicatives, applicables à un domaine donné du Réel. L’expérience est au premier sens la mise en relation du sujet avec le Réel par l’intermédiaire des sens (intuition sensible, perception) ; elle peut désigner d’une façon très générale le « vécu » d’une personne ; mais surtout dans le cadre de l’expérimentation scientifique, l’expérience est une façon de tester et de vérifier la théorie.

Hegel : « La source première de notre connaissance… »

 



« La source première de notre connaissance est l'expérience. Pour qu'il y ait expérience, il faut, absolument parlant, que nous ayons perçu une chose elle-même. Mais on doit, en outre, distinguer perception et expérience. D'entrée de jeu la perception ne contient qu'un unique objet qui est maintenant, de façon fortuite, ainsi constituée, mais qui, une autre fois, peut être autrement constituée. Or, si je répète la perception et que, dans cette perception répétée, je remarque et retienne fermement ce qui reste égal à soi-même en toutes ces perceptions, c'est là une expérience. L'expérience contient avant tout des lois, c'est-à-dire une liaison entre deux phénomènes tels que, si l'un est présent, l'autre aussi suit toujours. Mais l'expérience ne contient que l'universalité d'un tel phénomène, non la nécessité de la corrélation. L'expérience enseigne seulement qu'une chose est ainsi, c'est-à-dire comme elle se trouve, ou donnée, mais non encore les fondements ou le pourquoi. (...) Si l'on veut connaître ce qu'est véritablement une rose, un œillet, un chêne etc., c'est-à-dire en saisir le concept, il faut tout d'abord saisir le concept supérieur sur lequel se fondent ces êtres, ici par conséquent le concept de plante ; et, pour saisir le concept de plante, il faut derechef saisir le concept plus élevé d'où dépend le concept de plante, c'est-à-dire le concept de corps organisé. - Pour avoir la représentation de corps, de surface, de lignes et de points, il est nécessaire d'abord qu'on ait la représentation de l'espace, car l'espace est l'universel tandis que les corps, les surfaces, etc., ne sont que des déterminations particulières dans l'espace. De même l'avenir, le passé et le présent présupposent le temps comme leur fondement universel, et la même règle vaut aussi pour le droit, pour le devoir et pour la religion, déterminations particulières de la conscience qui en est le fondement universel. » (Hegel, Propédeutique philosophique)


Les progrès des sciences positives, depuis le 17è siècle, ont conduit la philosophie à s’interroger sur l’origine de nos connaissances en tant que processus complexe (et pas seulement intuition intellectuelle ou « vision » des essences : Platon). Le thème du texte est donc celui de la connaissance. Hegel soutient que si la source première de notre connaissance est bien l’expérience, celle-ci serait vaine sans la compréhension des concepts adéquats (thèse). Le problème est donc de restituer le processus complet de la connaissance, d’examiner les rapports de l’expérience avec la théorie (ou les concepts), , et au-delà de trouver le fondement universel de toute connaissance (la conscience). Le texte s’articule en deux parties principales, dans un mouvement qui nous ramène aux fondements. I – L’expérience comme sources première de notre connaissance, mais aussi distinction perception/expérience, et limites de l’expérience. II – Mais connaître implique la saisie des concepts, c'est-à-dire la remontée vers les concepts universels, jusqu’à la conscience qui est le fondement ultime de toute connaissance.