Affichage des articles dont le libellé est Droit. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Droit. Afficher tous les articles

La liberté d’expression peut-elle être sans limites ?

 


De nombreux intellectuels, écrivains, militants politiques sont encore persécutés partout dans le monde pour avoir usé – abusé selon leurs accusateurs – de la liberté d’expression.

La liberté d'expression est une liberté fondamentale. Comme toute liberté naturelle, on la voudrait absolue ; comme toute liberté socialement réglementée, elle connaît des limites. Mais pourrait-on imaginer ou réclamer une liberté d'expression sans limites ?

La liberté : en apparence, c'est le fait de ne jamais être contraint, de faire ou de penser ce que l'on veut. L'expression consiste en général à extérioriser notre pensée, par la parole ou par l'écrit (la presse par exemple). La liberté d'expression est presque un pléonasme, puisque s'exprimer revient toujours à libérer quelque chose en nous. Généralement, elle est reconnue par la loi ; mais la loi impose également des limites à cette liberté.

Le problème est le suivant : en matière de liberté d'expression, faut-il "interdire d’interdire", comme on disait en 68 ? Ou bien faut-il reconnaître cette liberté absolue seulement en principe, et imposer des limites strictes en fait et en droit ? Mais selon quels critères moraux, politiques, philosophiques ?

La liberté en commun



1) La liberté morale. Liberté et devoir

a) Liberté morale, liberté de la volonté - Chacun sait que « la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres » ! Cela signifie que, sur le plan social, la liberté connaît des limites, elle est fonction de droits et de devoirs. Commençons par les devoirs. Le premier devoir est de respecter la liberté d’autrui. Pour ça il faut le vouloir. Donc il faut réaffirmer la liberté de la volonté.

Reprenons donc le problème de la volonté : est-elle libre ou bien déterminée ? Kant situe le problème sur deux niveaux bien distincts : d’un côté psychologique (la question de nos motivations personnelles), de l’autre moral (la question de la responsabilité et du devoir). Sa thèse se présente sous la forme d’un paradoxe : "s’il nous était possible d’avoir, de la manière de penser d’un homme, telle qu’elle se manifeste par des actions, aussi bien internes qu’externes, une pénétration assez profonde pour que chacun de ses mobiles, même le plus infime, nous fût connu, ainsi que toutes les circonstances externes qui agissent sur lui, nous pourrions calculer la conduite future d’un homme avec autant de certitude qu’une éclipse de lune ou de soleil, et cependant prétendre que l’homme est libre". La justification que donne Kant de cette contradiction est la suivante : ce n’est pas du même point de vue que l’homme peut être dit libre ou déterminé. Il est déterminé en effet du point de vue de son caractère psychologique ou empirique, c’est-à-dire du point de vue de ce que nous pouvons connaître de lui dans l’expérience, d’après la suite de ses actions telles qu’elles sont déterminées par leur succession dans le temps. Il est libre en revanche du point de vue de son caractère intelligible ou moral, ce que Kant appelle encore l’”être en soi”. Il faut donc bien distinguer entre deux types de causalité : d’un côté la causalité par nécessité (celle de la nature), de l’autre la causalité par liberté ou volonté autonome. Cette causalité libre, Kant concède qu’elle n’est pas « naturelle » et qu’elle contrarie le déterminisme. Elle doit donc être supposée. "La liberté doit être supposée comme propriété de la volonté de tous les êtres raisonnables" affirme Kant, à la suite de Descartes. Cette supposition est nécessaire pour affirmer l’éthique, le caractère absolument incontournable de la moralité, et au final la coresponsabilité sociale… (cf. cours Devoir, cours Religion).

Qu’est-ce que l’injustice ? Les degrés de l’injustice

 

Georges Rouault, Homo homini lupus (1944-1948)


1) Essai de définition : injustice relative et injustice absolue


a) Définition

Rappelons d'abord le principe de bon sens énoncé par Aristote : "Il n'y a pas d'injustice s'il n'y personne pour nous la faire subir." L'injustice est donc une situation qui implique une victime et un coupable. Il n'y a pas d'injustice dans la nature, entre animaux, etc. Il ne faut donc pas confondre l'injustice avec un simple malheur qui peut être causé par une catastrophe naturelle, une mort accidentelle ou autre. 

Mais d'autre part il n'y aurait pas non plus d'injustice s'il n'y avait pas de droit, ou de lois. Donc l'injustice consiste précisément à être privé de quelque chose auquel on a droit. Plus radicalement, c'est l'impossibilité qui nous est faite de faire valoir nos droits.

Enfin, en vue d'une définition encore plus précise, nous distinguerons deux formes d'injustice : l'injustice relative et l'injustice absolue. La première est de loin la plus courante, mais la seconde délivre l'essence même de l'injustice. Pour cela distinguons avec le philosophe contemporain Jean-François Lyotard, le “tort” et le “dommage”. 

Légitimité des lois et du Droit positif, ou le contractualisme

 



Détail du "Serment du Jeu de Paume du 20 juin 1789" d'Auguste Couder


Quel que soit l’intérêt philosophique des principes dits du « droit naturel », il n’est reste pas moins qu’il convient de distinguer droit naturel (ce qui est légitime) et droit positif (ce qui est légal), parce que ce dernier obéit à une logique qui lui est propre (le contrat) et parce que les lois sont autre chose que des principes... Jean-Jacques Rousseau est l’un des philosophes modernes qui se sera le plus affranchi de la notion de droit naturel, grâce à sa théorie du « contrat ». Examinons déjà les rapports complexes et ambigus entre la force et le droit.

 

1) Le Droit et la force

 

a) Le Droit contre la force, en principe 

Rousseau explique bien que, en principe, la force ne peut fonder le droit. L’expression même « droit du plus fort » est contradictoire. Car aucune force n’est véritablement durable, or le droit se définit par sa stabilité 

ROUSSEAU J. Jacques, Du contrat social, livre I, chap. 3 - « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir. De là le droit du plus fort ; droit pris ironiquement en apparence, et réellement établi en principe. Mais ne nous expliquera-t-on jamais ce mot ? La force est une puissance physique ; je ne vois point quelle moralité peut résulter de ses effets. Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté ; c’est tout au plus un acte de prudence. En quel sens pourra-ce être un devoir ? Supposons un moment ce prétendu droit. Je dis qu’il n’en résulte qu’un galimatias inexplicable. Car sitôt que c’est la force qui fait le droit, l’effet change avec la cause ; toute force qui surmonte la première succède à son droit. Sitôt qu’on peut désobéir impunément on le peut légitimement, et puisque le fort a toujours raison, il ne s’agit que de faire en sorte qu’on soit le plus fort. Or qu’est-ce qu’un droit qui périt quand la force cesse ? S’il faut obéir par force on n’a pas besoin d’obéir par devoir, et si l’on n’est plus forcé d’obéir on n’y est plus obligé. On voit donc que ce mot de droit n’ajoute rien à la force ; il ne signifie ici rien du tout. Obéissez aux puissances. Si cela veut dire, cédez à la force, le précepte est bon mais superflu, je réponds qu’il ne sera jamais violé. Toute puissance vient de Dieu, je l’avoue ; mais toute maladie en vient aussi. Est-ce à dire qu’il soit défendu d’appeler le médecin ? Qu’un brigand me surprenne au coin d’un bois : non seulement il faut par force donner la bourse, mais quand je pourrais la soustraire suis-je en conscience obligé de la donner ? Car enfin le pistolet qu’il tient est aussi une puissance. Convenons donc que force ne fait pas droit, et qu’on n’est obligé d’obéir qu’aux puissances légitimes. »

Peut-on définir rationnellement la justice ? (problématique)

 


On se contentera ici de poser (simplement) les termes d'une problématique (complexe), sans apporter à ce stade de réponses.


a) Le Bien et le Juste

Le Bien en général représente la finalité de toute action humaine, ce qui vient réaliser un désir ou accomplir une volonté, pour soi-même et/ou pour autrui. En un sens un peu plus précis le Bien est un concept éthique ou moral, qui définit ma façon de me conduire, et qui concerne mes relations avec autrui essentiellement. Ce principe peut-être plus ou moins subjectif (le bien = mon bonheur) ou plus ou moins universel (le bien = respecter les autres en fonction de valeurs communes). Le Bien pour moi n’est pas toujours rationnel et logique si je ne prends en compte que mes désirs, mais d’un point de vue plus altruiste il est censé au moins être raisonnable et compatible avec le Bien d’autrui. C’est à cela que veillent les mœurs et la moralité.

La justice est également un principe fondamental qui s’applique aux actions humaines, mais à une échelle plus sociale. « Juste » sera dit d’un jugement qui s’applique aux « actions » et non aux « états de choses » : 2 et 2 font 4 est un jugement juste (justesse) décrivant un fait, mais « vous ferez 2 mois de prison » est un jugement juste (justice) déclenchant une action répondant à une autre action.

La Justice est une valeur sociale et non personnelle car elle met nécessairement en relation les humains entre eux, et elle ne se conçoit que par comparaison : une action sera toujours considérée comme juste ou injuste par rapport à une autre, et surtout par rapport à un étalon, une règle (loi) valant pour la collectivité.

Plus social que le Bien, le Juste se veut aussi plus rationnel. Mais la question est double. Théorique d’abord : peut-on définit théoriquement, philosophiquement, universellement la Justice, ou les critères essentiels de la Justice ? Pratique ensuite : comment parvient-on à établir un jugement juste, par rapport à telle ou telle situation.