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Joie, bonheur et création

 


1) Qu'est-ce que la joie ?

Dans une perpective moderne, volontiers humaniste, le bonheur nous semble plutôt un idéal, donc finalement tout le contraire d’un vécu. La joie au contraire est un vécu. Mais nous définissons le bonheur comme un état de satisfaction complète et durable : cela ne caractérise pas spécialement la joie. La joie est bien un état, mais un état dynamique, non statique comme le bonheur. Un état qui ne dure pas bien longtemps : à la limite, trop de joie fatigue (probablement parce qu’il y a une espèce de consanguinité entre la joie et la jouissance) !

Demandons-nous au moins si la joie ne serait pas comme un ingrédient déterminant du bonheur. La joie, si modeste, serait-elle le secret du bonheur, voire la solution au problème philosophique du bonheur ? D'abord ce sentiment a le mérite de durer, non certes parce qu’il s’étale dans le temps mais parce qu’il se répète et s’entretient. Une joie répétée ne fait-elle pas, en quelque manière, un bonheur durable ? Alors que l’idéal du bonheur réside dans un avenir plus ou moins utopique, ou bien se terre dans un passé plus ou moins mythique, la joie appartient au présent. Elle est tout entière présente parce qu’elle tout entière vécue. Elle est une intensité vécue. Ne créons-nous pas de cette manière une sorte de disposition permanente au bonheur ? Peut-on faire de la joie une sorte de principe éthique ? Ce n’est pas qu’il existe un devoir d’être joyeux (ce serait quand même un peu fort !), mais quand on a connu la joie on n’a aucune raison de ne pas souhaiter son retour et donc de tout faire dans ce sens. Faire quoi ? Qu’est-ce qui met en joie ?

Qu'est-ce que la création artistique ? Essai de définition


 

Premières définitions

- Au sens le plus général, et le plus ancien, l’Art est l’activité fabricatrice de l’homme, par opposition aux productions naturelles. Dans ce sens large l’Art n’est pas différent de l’activité technique. L’art est bien une technique, soit un ensemble de procédés permettant d’obtenir un résultat déterminé. En ce sens il y autant de formes d’art que de pratiques, qu’elles soient ordinaires ou très sophistiquées. Dans tous les cas cela implique une certaine compétence, un talent, un savoir-faire, et des règles (l’« art de réussir » les cookies… ou une dissertation de philosophie) ou même à la limite un certain savoir-être (comme « l’art d’être grand-père »).

- En un sens plus spécifique, précisément différencié de l’utile, l’art est une création (le mot connote quelque chose de plus personnel et plus intellectuel que « production ») destinée à être contemplée et faite pour plaire ; elle est dotée d’une valeur à la fois esthétique (beauté), représentative (montre quelque chose) et symbolique (signifie quelque chose), tout en gardant une certaine technicité. La création artistique s’entend au pluriel puisqu’en font partie aussi bien : peinture, architecture, musique, poésie, voire littérature…, voire à notre époque, presque toute pratique « auto-déclarée » comme artistique, en « décalage » par rapport aux normes de la production industrielle ou utilitaire.

Imagination et création. (Les principales conceptions philosophiques de l'imaginaire)

 

Joan Miró, Peintures (Femmes, lune, étoiles), 1949


Introduction

"Le physicien Szilard annonce un jour à son ami Hans Bethe qu’il a décidé de tenir un journal. — Je n’ai pas l’intention de le publier ; je vais simplement cataloguer les faits pour que Dieu en soit informé. — Tu ne crois pas que Dieu connaît les faits ? lui demande Behe ? — Si, dit Szilard. Il connaît les faits, mais il ne connaît pas cette version des faits”  (Cité par P. Jacob, L’empirisme logique, Minuit 1980). — Cette histoire montre que les faits bruts ne peuvent être racontés sans imagination, et que l’imagination suppose à son tour une interprétation, c’est-à-dire une version subjective du réel.

A son tour, la philosophie propose plusieurs théories, plusieurs versions du phénomène ‘imagination’. La première, la plus classique mais aussi la moins stimulante, en fait un pouvoir de reproduction du réel, une opération certes nécessaire et utile mais aussi chargée d’illusions. La seconde version, celle de l’imagination créatrice, correspond à une émancipation puisque l’imagination rime alors avec liberté et subjectivité, expression et créativité (éventuellement artistique). L’imagination copie le monde, l’imagination crée le monde, mais aussi l’imagination est un monde : le monde intérieur du sujet peut être défini comme un imaginaire, et l’apparition d’un sujet dépend toujours d’une identification imaginaire. On ne dit pas seulement “imaginer”, mais aussi et surtout “s’imaginer”. Au-delà d'un sujet particulier, l'imaginaire ne correspond-il pas avec une pluralité possible de mondes ?