Affichage des articles dont le libellé est Education. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Education. Afficher tous les articles

Georges Bataille : une double négation

 


« Je pose en principe un fait peu contestable : que l'homme est l'animal qui n'accepte pas simplement le donné naturel, qui le nie. Il change ainsi le monde extérieur naturel, il en tire des outils et des objets fabriqués qui composent un monde nouveau, le monde humain. L'homme parallèlement se nie lui-même, il s'éduque, il refuse par exemple de donner à la satisfaction de ses besoins animaux ce cours libre, auquel l'animal n'apportait pas de réserve. Il est nécessaire encore d'accorder que les deux négations, que, d'une part, l'homme fait du monde donné et, d'autre part, de sa propre animalité, sont liées. Il ne nous appartient pas de donner une priorité à l'une ou à l'autre, de chercher si l'éducation (qui apparaît sous la forme des interdits religieux) est la conséquence du travail, ou le travail la conséquence d'une mutation morale. Mais en tant qu'il y a homme, il y a d'une part travail et de l'autre négation par interdits de l'animalité de l'homme. » (Georges Bataille, L’érotisme)


Une double négation. La négation du donné naturel extérieur s'effectue par la technique et par le travail, générateurs d'un « monde humain ». La négation de l'animalité de l'homme s'effectue par l'éducation. Ce processus est « parallèle » au premier. On remarque les termes « négatifs » : "nier", « refuser ». Le lien entre les deux négations est essentiel, il caractérise l'être humain. L'articulation se fait par "il est nécessaire encore" : l'auteur nous présente ceci comme une évidence logique. Le point commun entre ces deux négations égales, c'est l'homme ("tant qu'il y a homme"). Globalement, de la première à la dernière ligne, le texte se présente bien comme une définition de l'homme en tant qu'être de culture négateur de la nature.

Jean-Jacques Rousseau : le désir naturel de savoir

 


« Le même instinct anime les diverses facultés de l'homme. À l'activité du corps qui cherche à se développer, succède l'activité de l'esprit, qui cherche à s'instruire. D'abord les enfants ne sont que remuants, ensuite ils sont curieux ; et cette curiosité bien dirigée est le mobile de l'âge où nous voilà parvenus. Distinguons toujours les penchants qui viennent de la nature de ceux qui viennent de l'opinion. Il est une ardeur du savoir qui n'est fondée que sur le désir d'être estimé savant ; il en est une autre qui naît d'une curiosité naturelle à l'homme pour tout ce qui peut l'intéresser de près ou de loin. Le désir inné du bien-être et l'impossibilité de contenter pleinement ce désir lui font rechercher sans cesse de nouveaux moyens d'y contribuer. Tel est le premier principe de la curiosité ; principe naturel au cœur humain, mais dont le développement ne se fait qu'en proportion de nos passions et de nos lumières. Supposez un philosophe relégué dans une île déserte avec des instruments et des livres, sûr d'y passer seul le reste de ses jours ; il ne s'embarrassera plus guère du système du monde, des lois de l'attraction, du calcul différentiel : il n'ouvrira peut-être de sa vie un seul livre, mais jamais il ne s'abstiendra de visiter son île jusqu'au dernier recoin. Quelque grande qu'elle puisse être. Rejetons donc encore de nos premières études les connaissances dont le goût n'est point naturel à l'homme, et bornons-nous à celles que l'instinct nous porte à chercher. » (Rousseau, Émile ou de l’éducation)

 

La thèse de Rousseau est que l'éducation doit stimuler et développer la curiosité naturelle de l'homme, au lieu d'égarer celui-ci vers des connaissances inutiles ou prématurées. D'abord toutes nos facultés sont motivées par un même instinct, un désir de savoir qui ne fait que croître avec l'âge. Mais il faut distinguer le désir de savoir naturel, guidé par l'instinct, et une soif de connaissance guidée par l'opinion, qui s'apparente à l'orgueil. Le principe de la curiosité est celui du désir toujours insatisfait, qui nous pousse à connaître toujours plus, alimenté par nos passions et nos lumières. Mais l'éducation doit s'effectuer par ordre, en s'inspirant d'abord de l'instinct naturel. Par exemple, un philosophe isolé sur une île déserte commencera toujours par chercher les connaissances les plus utiles et les plus concrètes, ne serait-ce que pour assurer sa survie.