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Interprétation et sens de l’existence

 


Film "Le goût des autres", Agnès Jaoui, 2000

Signe et Sens

Comme toute conscience est conscience de quelque chose, toute interprétation est interprétation de quelque chose. Par ailleurs, la démarche existentialiste se veut "phénoménologique", elle décrit avant tout les phénomènes apparaissant à la conscience, ou comment la conscience appréhende le monde, ou encore comment le monde fait signe à la conscience. L'interprétation porte sur le sens, bien sûr, mais elle n'atteint le sens que par le biais des signes : ce sont bien les signes qui sont à interpréter, le sens n'est que le résultat Précisons bien alors la nature du signe. La signalétique dispose sur les routes des signaux. Un signal doit le plus possible provoquer le réflexe et le moins possible la réflexion. Il est important que l’automobiliste ne prenne pas un temps pour interpréter, mais réagisse rapidement. Un signal ne doit pas avoir besoin d’être interprété, par contre un signe oui. Au signal est attaché un comportement, au signe est attaché un sens. Ce que nous interprétons, c’est tout ce qui peut être considéré comme un signe doué de sens. Mais ce n’est pas tout, puisque certains signes tels que les signes mathématiques, ne font pas non plus l’objet d’une interprétation. Un signe mathématique est en effet univoque, or ce qui est interprété, c’est au contraire ce qui est équivoque. Nous interprétons là où il y a une ambiguïté ou une obscurité, et non pas là où une idée présentée dans un signe est claire et distincte. Je peux interpréter un geste de la main en me demandant si c’est un geste amoureux ou un geste indifférent. Je ne vais pas interpréter l’ordre de l’agent de police m’intimant de passer sur la droite, au lieu de continuer tout droit dans la rue. Il y a une ambiguïté dans le geste de cette personne, il n’y a pas d’ambiguïté dans le geste de l’agent. Où mène ce chemin de l'interprétation ? Généralement, la vie ne nous donne pas le choix. La nécessité du sens s'impose ; on peut contester le principe de non-contradiction, on ne peut pas vivre dans le non-sens. Cela signifie que le Réel n'est pas vivable, pour nous les hommes, si on ne lui confère pas un sens par l'interprétation. Or les signes univoques, comme ceux de l'agent de police, n'ont qu'une valeur pratique assez mince, en aucun cas existentielle. La plupart des relations humaines, en tant qu'existentielles, sont équivoques. Notre réel est un réel intégralement humain, et les relations entre les hommes sont à interpréter.

Le langage est-il rationnel ?

 


Introduction

Nous savons que la recherche de la Vérité – sinon la possession de celle-ci – est la signature de toute démarche philosophique authentique. Or la philosophie a promu le discours rationnel comme condition d’accès à la vérité, comme l’être-vrai des choses, le réel contraire de l’illusion. Pour elle, « parler le langage de la raison » est un impératif, mieux même : c’est un pléonasme !

Certes le langage n’est pas d’emblée ou pas toujours rationnel, il semble bien d’abord expressif, et vise avant tout la communication entre les êtres. Mais le langage comporte une rationalité intrinsèque en tant que système forcément cohérent : toute langue en effet se définit comme un système de communication, conventionnel beaucoup plus que « naturel » chez les humains. De plus, le langage se veut avant tout porteur de sens et de significations. A ce titre il ne sert pas seulement la raison mais aussi l’imagination. Il existe notamment une « fonction poétique » du langage que d’aucuns jugent essentielle.

A l’échelle de l’humanité, le langage constitue le socle de la culture et la condition de la vie sociale : il est avant tout une fonction de communication.

A l’échelle individuelle, c’est par le langage que l’homme exprime sa pensée : il pense, il n’est conscient et il ne raisonne que dans l’élément du langage.

L’apparition de la faculté linguistique est un phénomène long, lié à l’évolution de la boite crânienne et aux techniques de fabrication d’outils de l'Homo habilis (plus de 2 millions d'années) jusqu’à l’Homo sapiens beaucoup plus récent : "outils pour la main et langage pour la face sont deux pôles d’un même dispositif" affirme l’anthropologue Leroi-Gourhan.

Quelques définitions :

1° D’abord la langue : la langue représente un système particulier de mots, un ensemble fixé dans une société donnée (ainsi parle-t-on de la langue française ou anglaise), un pur produit de l'évolution sociale et ethnique.

2° Le langage lui-même se définit comme la principale faculté humaine de communication. Elle est universelle, tous les hommes la possèdent malgré les handicaps ou les pathologies possibles. Le problème est celui de la finalité de cette fonction : expression de soi, de l'être, communication vers l'autre (et donc rationalité), création du sens et de la signification (et donc connaissance) ?

3° La parole, ensuite, désigne l’acte individuel par lequel s’exerce concrètement la fonction du langage, et ceci grâce aux organes de la phonation (glotte, pharynx, etc.). Comme tout acte, cet acte de parole suppose un sujet. Et comme tout acte encore, il peut changer la réalité : la parole n'est pas sans conséquences…

Il y a une grande différence entre le langage humain et le langage animal. Le cri des animaux exprime un affect, une émotion, parfois il annonce un comportement ou répond à celui d'un congénère. Il y a bien communication animale au moyen d’un langage. Pourtant ce langage n'est pas articulé en phrases (le cri constitue par lui-même une phrase, un message). Chaque langage animal est un code comportant des signaux ayant une signification précise et limitée, donc il n’est pas aussi individualisé que le langage humain ; l’homme dispose lui aussi d’un code, la langue qu’il utilise, mais il peut en faire varier infiniment la signification. Entre le langage animal et le langage humain, il y a la même différence qu’entre l’instinct et le comportement conscient, volontaire.