Affichage des articles dont le libellé est Sensation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Sensation. Afficher tous les articles

Perception et illusion. Le monde perçu est-il le monde réel ?

 


Aucune conscience de soi n'est possible sans une conscience du monde extérieur. La perception est justement ce phénomène de conscience qui par l'intermédiaire de nos sens nous met en relation avec le monde extérieur.

Le français autorise un usage assez large du terme de perception, du sens le plus intellectuel au sens le plus matériel : on dit qu'une idée est mal "perçue" (c'est-à-dire comprise) ou que le percepteur "perçoit nos impôts, en passant par les "troubles de la perception" (par exemple de la vue ou de l'ouïe). Dans tous les cas on retrouve à l'origine le verbe latin "capere" qui signifie "prendre". La perception, dans son sens le plus général, est donc la faculté qu'a un sujet d'appréhender le monde et ses objets.

Perception et sensation semblent proches, voire identiques. Il n'en est rien. La perception est plutôt une synthèse, un rassemblement de différentes sensations pour parvenir à représentation unique de la réalité. Comme telle elle fait intervenir la conscience ; elle concerne le Sujet tout entier et son pouvoir de compréhension du monde, voire sa façon d'"habiter" le monde.

Un premier problème sera de comprendre comment nous percevons la réalité, quelle est la genèse et la structure de la perception. Un second problème, plus vertigineux, porte sur la valeur de nos perceptions. Qu'est-ce qu'une illusion ? Le monde perçu est-il finalement le (seul) monde réel ? La question sous-entend que nos perceptions pourraient bien ne pas être fiables. Est-ce parce que nos sens sont naturellement débiles et limités, ou bien faut-il invoquer des raisons plus profondément subjectives, de l'ordre de la croyance ou du désir ? Davantage encore, faut-il situer le "réel" au-delà du monde sensible comme le conçoit un certain idéalisme ? Il reste que la pire des illusions consiste peut-être à "se faire des idées"… jusqu'à l'hallucination ?

Berkeley, La Nature des êtres sensibles

 


« Que ni nos pensées, ni nos passions, ni les idées formées par l'imagination n'existent hors de l'esprit, c'est que tout le monde accordera. Et il semble non moins évident que les diverses sensations ou idées imprimées sur le sens, de quelque manière qu'elles soient mélangées ou combinées ensemble (c'est-à-dire quels que soient les objets qu'elles composent) ne peuvent pas exister autrement que dans l'esprit de quelqu'un qui les perçoit. Je pense qu'une connaissance intuitive de cela peut être obtenue par quiconque prête attention à ce qu'on entend par le mot exister quand il s'applique aux choses sensibles. La table sur laquelle j'écris, je dis qu'elle existe : c'est-à-dire je la vois, je la sens ; et si j'étais hors de mon cabinet je dirais qu'elle existe, entendant par-là que si j'étais dans mon cabinet, je pourrais la percevoir, ou que quelque autre intelligence la perçoit effectivement. Il y avait une odeur, c'est-à-dire : elle était sentie ; il y avait un son: c'est-à-dire, il était entendu; une couleur ou une figure: elle était perçue par la vue ou le toucher. C'est tout ce que je peux comprendre par ces expressions et autres semblables. Car, quant à ce qu'on dit de l'existence absolue des choses non pensantes, sans aucune relation avec le fait qu'elles sont perçues, cela semble parfaitement inintelligible. Leur esse [= "être" en latin] est percipi [= "être perçu"], et il n'est pas possible qu'elles aient quelque existence en dehors des esprits ou choses pensantes qui les perçoivent. » (Berkeley, Principes de la connaissance humaine, 1710)

 

Que veut dire exister pour une chose sensible ? Qu’entend-on « par le verbe "exister" lorsqu’il est appliqué aux choses sensibles » demande précisément Berkeley ?. Les choses existent-elles par elles-mêmes indépendamment de nos perceptions ?

Pour l'auteur, exister c’est être perçu (« l’esse de ces choses-là, c’est leur percipi »). La thèse adverse est celle de Descartes portant sur l’existence absolue de la substance étendue (les corps, ou dans le langage de Berkeley, les « choses non-pensantes »).

Berkeley ne remet pas en question l’existence des corps, il dit simplement que leur existence étant relative à l’esprit qui perçoit, nous ne pouvons avoir à leur propos aucune certitude. Dans ce texte Berkeley commence par poser le problème qu’il va examiner. L’existence de l’esprit est une évidence. Mais que veut dire exister pour les choses sensibles ou les corps ? Puis il expose le problème à l’aide d’exemples. Il affirme qu'on ne peut connaître l’existence d’une chose que par la perception. Il en conclut même qu'exister, pour une chose sensible, c’est être perçu. Rien de plus.